Loading...

Actualité

16 Mai 2022

A la Une de la Quotidienne de GreenUnivers.fr le 11 mai 2022

« Des marchés de taux volatils au moins jusqu’à la fin de l’année »
Entretien avec Emmanuel Weyd, directeur des investissements crédit d’Eiffel Investment Group

En quelques mois, l’environnement financier de la transition énergétique a bien changé : inflation et hausse des taux sont de retour.

Pour combien de temps ?

Quels impacts sur le financement des projets EnR ?

Les indications du directeur des investissements crédit d’Eiffel Investment Group , investisseur majeur dans le secteur en particulier dans les prêts pour la construction des installations.


GreenUnivers : L’inflation atteint 5% en France et 7% en Europe, des niveaux records depuis 40 ans. Pouvez-vous nous en rappeler les raisons ?
Emmanuel Weyd : Elle est due à la hausse des matières premières et de l’énergie, à l’engorgement voire la rupture de chaînes  d’approvisionnement qui renchérit entre autres le prix du transport. S’ajoutent les contraintes sur le marché du travail, les taux de
chômage étant au plus bas des deux côtés de l’Atlantique.


GU : Est-ce parti pour durer ?
EW : Les anticipations convergent sur le fait que l’inflation va diminuer d’ici la fin de l’année mais sans retrouver son niveau antérieur. A plus de 3%, nous serons de toute façon dans un environnement différent de celui de la dernière décennie.


GU : Qu’est ce qui change fondamentalement ?
EW : Le vrai sujet est celui du cycle inflationniste. Les anticipations en matière d’inflation changent et avec, les comportements en matière de consommation et d’investissement. Jusqu’à maintenant, les banques centrales maintenaient un niveau d’inflation optimal pour que les agents économiques ne réfléchissent pas à ce phénomène quand ils prennent leur décision. Ce n’est plus le cas.


GU : Ce qui nous amène à l’évolution des taux d’intérêt…
EW : Les choses changent vite. L’emprunt à 10 ans allemand était négatif de 0,5% il y a six mois, il est maintenant au-dessus de 1%. Mais à 5% d’inflation, l’investisseur perd encore 4% par an. L’emprunt américain à 10 ans vient de passer de 3% à 3,10 %. Cela dit, à mes yeux, l’important n’est pas tant la remontée des taux que la volatilité des marchés de taux, une incertitude qui devrait perdurer au moins jusqu’à la fin de l’année.
« Un consensus sur les taux ne semble avoir des chances d’émerger que l’année prochaine »


GU : A quoi est due cette incertitude précisément ?
EW : Il n’existe pas de consensus de marché sur le niveau des taux, sur leur point d’atterrissage et pas non plus sur les taux directeurs des Banques centrales. Un tel consensus ne semble avoir des chances d’émerger que l’année prochaine. Mais personne ne sait à quelle hauteur. En revanche, il paraît probable que les taux d’intérêt réels resteront négatifs, c’est-à-dire des taux nominaux en dessous de l’inflation.


GU: Quelles conséquences pour les EnR ?
EW : La demande d’investissement ne change pas. Elle se trouve même renforcée par les variations des prix de l’énergie et la protection que procure le modèle économique des EnR. La deuxième conséquence est aussi positive : les centrales sont des actifs réels et de long terme, par opposition aux actifs financiers. Elles fournissent en plus un produit de première nécessité, l’énergie. Ces actifs réels et utiles représentent une couverture naturelle contre l’inflation. Le vrai danger pourrait résider dans les contrats d’achat long terme à prix réglementés, mais ils sont en général indexés sur l’inflation.
« Le coût de financement des nouveaux actifs EnR va renforcer l’attractivité de ceux existants »


Le résultat est que pour le moment, les marges de crédit ont peu remonté dans les EnR. Cela dit, il est probable que la dette commence à coûter plus cher, car comment imaginer que cet emprunt avec risque se trouve au même niveau que les meilleurs emprunts d’État ? Même si l’on n’observe pas de consensus, là non plus, sur les niveaux à envisager, le coût de financement des nouveaux actifs EnR devrait donc augmenter, renforçant ainsi l’attractivité des actifs existants.


GU : Est ce que le financement de projets obtenus lors d’appels d’offres antérieurs aux nouvelles conditions d’emprunt va devenir problématique ?
EW : Pour le développeur, si les termes et conditions de son financement sont déjà fixés, il n’y a pas de problème… Pour le prêteur, sa créance sera moins rentable qu’elle ne l’aurait été si elle avait été calculée aujourd’hui mais il bénéficie de sûretés de bonne qualité dont la valeur a possiblement augmenté. Pour l’actionnaire arrivé une fois l’actif financé et entré en service, l’intérêt dépendra de l’écart entre la hausse attendue de ses revenus liée à l’indexation des tarifs sur l’inflation ou à la hausse des prix de marché de l’électricité et la hausse du taux d’actualisation des flux financiers futurs liée à la hausse des taux.
[/restrict-content]

Si vous êtes abonné, cliquez ici

Contactez-nous

En poursuivant votre navigation sur ce site,
nous considérons que vous acceptez l’utilisation de cookies pour permettre le partage des contenus sur les réseaux sociaux.
Pour en savoir plus et paramétrer les cookies, cliquez ici.